Audit des automates et réseaux d'une usine de production
Un industriel de la production manufacturière fait auditer les automates et le réseau OT de ses trois lignes avant un programme de modernisation. Relevés en marche normale, vérifications intrusives pendant les arrêts planifiés : sans toucher à la disponibilité du procédé.

[ Le contexte ]
L'exploitant est un industriel de la production manufacturière. Le site fonctionne en trois-huit, cinq jours sur sept, avec trois lignes de production dont deux tournent en continu pendant la haute saison. L'atelier compte une soixantaine d'automates, douze IHM, plusieurs stations de supervision SCADA et un historian qui alimente les indicateurs de production. Une passerelle relie le réseau OT à l'ERP du groupe pour les ordres de fabrication et les déclarations de production.
L'installation s'est construite ligne par ligne sur une quinzaine d'années, au rythme des investissements. Chaque extension a été raccordée au réseau existant sans revoir l'architecture d'ensemble. La maintenance est assurée en interne sur deux lignes, par un intégrateur extérieur sur la troisième, avec des accès distants ouverts au fil des interventions. La direction technique a demandé un état des lieux avant d'engager la modernisation des lignes, avec une contrainte posée dès le premier échange : aucun arrêt non planifié pendant la mission.
La problématique
Le réseau OT du site est à plat. Les trois lignes, la supervision, l'historian et la passerelle vers l'ERP partagent le même plan d'adressage, sans filtrage entre eux. Rien ne limite la propagation d'un incident d'une ligne vers les deux autres, ni depuis le poste de programmation vers les automates. Les schémas réseau disponibles dataient de la mise en service de la deuxième ligne et ne correspondaient plus à l'installation réelle : ni les équipements ajoutés depuis, ni les accès distants ouverts pour les prestataires n'y figuraient.
S'y ajoutent des pratiques d'exploitation héritées : comptes de maintenance partagés, supports amovibles utilisés indifféremment entre les bureaux et l'atelier, sauvegardes des programmes automates stockées sur un seul poste.
Réseau OT à plat, sans segmentation entre lignes et supervision
Comptes de maintenance partagés, sans traçabilité des connexions
Poste de programmation mutualisé avec la bureautique
L'intervention
La mission a été calée sur le calendrier de production : relevés en marche normale sur les trois lignes, vérifications intrusives réservées aux fenêtres d'arrêt planifié. Sans interruption de production, sans arrêt d'exploitation. Le travail s'est fait avec les équipes de conduite, pas à côté d'elles.
Recensement ligne par ligne avec les équipes de maintenance et d'automatisme. Inventaire des actifs OT : automates, IHM, stations de supervision, équipements réseau, accès distants. Chaque équipement est rattaché à une ligne, à une fonction de production et à un responsable identifié.
Observation passive du trafic réseau, aucune injection sur le réseau de production. Trois semaines de capture aux points de concentration des trois lignes, pour identifier les protocoles industriels en service, les échanges entre lignes, les remontées vers l'historian et les flux sortants vers la passerelle ERP.
Reconstitution du plan d'adressage réel et confrontation aux schémas existants. Découpage en zones et conduits, au sens de l'IEC 62443, avec une matrice des flux légitimes entre chaque zone. Cette matrice sert ensuite de référence pour les règles de filtrage à mettre en place.
Contrôles intrusifs limités aux fenêtres d'arrêt communiquées par l'exploitation : configuration et durcissement des automates, comptes et droits sur la supervision, tenue du poste de programmation, chemins d'accès distants de l'intégrateur, usage des supports amovibles. Chaque contrôle est validé avec le responsable de ligne avant exécution.
Pour chaque point : criticité, charge de correction, porteur de l'action. Plan de remédiation priorisé sur trois horizons : immédiat, 6 mois, 18 mois. Deux restitutions : l'une technique avec l'exploitation, l'autre pour la direction.

[ Les résultats ]
Inventaire complet des actifs OT sur les 3 lignes : 62 automates, 12 IHM et 9 équipements réseau recensés.
Cartographie des flux industriels réels, devenue le document de référence du site, entre lignes, historian et passerelle ERP.
Architecture cible en 5 zones IEC 62443 et feuille de route en trois temps, sur 34 constats priorisés.
Comptes nominatifs, sauvegardes externalisées, poste dédié : corrections appliquées en mission, rapport et schémas réutilisables en interne.
L'audit s'est déroulé sans arrêter les lignes, c'était notre condition de départ et elle a été tenue. Nos équipes de maintenance ont participé à chaque relevé, elles ont compris les constats et se les sont appropriés. Le rapport et les schémas de flux nous servent aujourd'hui de base de travail en interne pour la modernisation des lignes.






